En Côte d’Ivoire, trois cents localités rurales supplémentaires seront connectées en 2026. Pourtant, la véritable bataille ne se joue plus uniquement sur les cartes de couverture réseau. Elle se joue dans la capacité des populations à transformer cette connectivité en outil de développement.
Le pays affiche une volonté politique assumée d’accélérer sa transition numérique. Programme national de connectivité rurale, arrivée de Starlink, lancement de la 5G, extension des réseaux GSM : les initiatives se multiplient. Elles répondent à un déséquilibre persistant entre villes et campagnes, où moins d’un habitant sur trois utilise Internet. Cette mobilisation traduit une prise de conscience des autorités, mais les chiffres montrent que l’équation reste incomplète.
Le pays dispose déjà d’une couverture mobile qui frôle la quasi-totalité du territoire. Pourtant, le taux de pénétration d’Internet demeure inférieur à la moitié de la population. Ce décalage rappelle que l’accès technique ne garantit jamais l’usage. Une antenne installée dans un village n’efface ni le coût d’un smartphone, ni celui des forfaits, ni les difficultés d’alphabétisation numérique. Sans oublier les coupures d’électricité, la faiblesse des revenus et le manque de contenus réellement adaptés aux réalités locales.
L’annonce d’un accès facilité aux smartphones constitue donc un signal pertinent. Encore faudra-t-il que cette mesure soit durable, accessible et accompagnée d’une politique cohérente de formation. Les écoles, les centres de santé, les coopératives agricoles et les petites entreprises rurales doivent devenir les premiers bénéficiaires de cette transformation. Une connexion qui ne produit aucun service utile finit toujours par perdre sa valeur.
L’État devra également convaincre les opérateurs que les territoires ruraux ne représentent pas seulement un coût d’investissement, mais aussi un potentiel économique. Les usages numériques liés à l’agriculture, aux paiements mobiles, à la télémédecine ou à l’éducation peuvent créer un cercle vertueux, à condition que les services répondent aux besoins quotidiens des populations.
La fracture numérique ivoirienne ne disparaîtra pas au rythme des inaugurations d’infrastructures. Elle reculera lorsque les habitants des zones rurales utiliseront Internet pour améliorer leurs revenus, accéder aux services publics et renforcer leur autonomie. Les kilomètres de fibre, les satellites et les antennes constituent des moyens, jamais une finalité. Le succès de cette stratégie dépendra désormais d’une exigence simple : faire de chaque connexion une opportunité concrète plutôt qu’une statistique supplémentaire dans les bilans gouvernementaux.
A.Touré





