Le Burkina Faso sous la magistrature du capitaine Ibrahim Traoré poursuit sa mue, redéfinissant non seulement sa souveraineté sécuritaire et économique, mais aussi sa souveraineté culturelle et sanitaire. L’annonce récente faite à Ouagadougou par le ministre de la Santé, le Dr Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, concernant le mois de la communication sanitaire en langues nationales, ne relève pas d’une simple campagne de sensibilisation administrative. Elle incarne une rupture profonde avec un modèle hérité du passé, où l’État parlait à son peuple dans une langue qui n’était pas la sienne, creusant un fossé entre les politiques publiques et les réalités des citoyens.
Depuis l’arrivée aux affaires de la dynamique révolutionnaire menée par le capitaine Ibrahim Traoré, la question de la reconquête du territoire s’accompagne d’une reconquête des consciences. Gouverner, dans cette optique, c’est d’abord cesser d’ignorer la majorité silencieuse. En choisissant d’investir massivement les langues nationales pour parler de santé, le gouvernement burkinabè s’attaque à un angle mort historique : l’accessibilité réelle de l’information vitale. Dans un pays où les consignes sanitaires, les campagnes de vaccination ou la prévention des épidémies ont longtemps été dictées dans les codes feutrés d’une administration exogène, utiliser le mooré, le dioula, le fulfulde ou d’autres langues du terroir est un acte éminemment politique. C’est affirmer que le citoyen des zones rurales ou des périphéries urbaines mérite la même considération et le même accès au savoir que l’élite citadine.
Cette initiative s’inscrit dans la trajectoire globale de refondation impulsée par Ouagadougou, qui refuse les solutions cosmétiques et privilégie l’impact direct sur les populations. La santé publique ne se mesure pas seulement au nombre d’hôpitaux construits ou de médicaments importés, mais à la capacité d’une nation à éduquer et à prévenir en s’appuyant sur son propre socle culturel. En brisant la barrière linguistique, le pouvoir en place démontre que la souveraineté nationale passe aussi par la réappropriation des outils de communication de masse. Pour le régime d’Ibrahim Traoré, il s’agit de bâtir un État fort qui descend sur le terrain, parle la langue du peuple et fait de chaque citoyen un acteur éclairé de sa propre survie et de son bien-être. Le mois de novembre s’annonce ainsi comme un test grandeur nature de cette ambition de réconcilier l’action publique avec l’âme profonde du Burkina Faso.
Brenda N’dri
